Laboratoire
des
FRONDEURS

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Analyses des évènements négatifs  |  Archives

 
 
Pratiques du négatif
Déterminer la réalité (Ariel Fatiman et Avgoustos Prolegomenon)
Detruire l'Etat (Ariel Fatiman)
L'action contre les faits - Programme
Alors où en sommes-nous avec le temps ?
Grands pillages
Liberté de pensée
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Notes 
La conversation de la révolution française
L'information dominante, parasite de la conversation
Statistiques des évènements 
2009-2010
2004-2008
1987-1993
Insurrections
L'insurrection haïtienne de 2004
L'insurrection au Manipur (2004)
Insurrection au Kirghizistan en 2005
Les insurrections de la Bolivie
L'insurrection de Quito (avril 2005)
Insurrection au Népal (2006)
Les insurgés de Mogadiscio (2006-2007)
Insurrection au Kirghizistan en 2010
Autres offensives majeures 
Honiara et Nukualofa en 2006 
2006-2007 au Bangladesh
L'offensive kenyane  (2007-2008)
2004
Aperçu de l'année 2004
Emeutes au Nigeria en 2004
L'Iran à fleur d'émeutes, en 2004
Avril 2004 en Iraq
Culture de l'émeute en Algérie
L'Amérique Latine en 2004
Sous-continent indien
Evènements courts et forts (2004)

 

 

 

 

 

Aperçu de l'année 2004

 

 

Vue de loin, 2004 est une année de peu de relief. Pourtant à y regarder de plus près, elle n’est pas si lisse qu’il y parait au premier abord : une insurrection en Haïti, un nombre important de journée d'émeute majeure et un nombre saisissant d'émeutes locales. A l’issue de notre première année d'observation des événements négatifs dans le monde, nous ne savons pas ce que ces 250 émeutes signifient : faut-il y voir une conséquence de notre méthode de collecte des informations ? Sont-elles l’expression d’une forte intensité de la négativité dans le monde ? Il est trop tôt pour le dire. Aujourd'hui, cette somme d'événements négatifs n'existe que pour nous qui en sommes les observateurs. Les gueux sont toujours aussi séparés les uns des autres dans leurs assauts contre ce monde et l'ignorance généralisée des émeutes constitue certainement la meilleure raison de rendre publiques nos premières observations. L'ignorance et l'oubli sont partout les principaux résultats du travail de l'information dominante. Les liens de causalité quand ils existent, les enchaînements d’un jour à l’autre ou tout simplement la simultanéité d’événements négatifs sur un même jour sont presque impossibles à saisir. Ce n’est pas seulement notre incapacité de relier les faits entre eux et de les replacer dans une perspective historique qui construit notre ignorance du temps présent, mais plus généralement l’invisibilité des faits négatifs. On ne peut aujourd’hui prendre connaissance des événements négatifs sans utiliser une méthode systématique qui permette de dépasser la barrière de l’occultation construite par l’information dominante.

Nous réalisons des chronologies, nous datons les événements négatifs, car nous pensons qu'il s'agit là de règles minimum dans la compréhension de l'histoire ; règles que les gestionnaires ont le plus grand intérêt à éradiquer afin de construire a posteriori une version officielle, conforme au maintien même forcé de la sainte trinité information-Etat-marchandise. Pour nous, l'histoire est celle de la dispute humaine, l'activité du négatif dans le monde. La révolution iranienne a ouvert la période historique qui a vu un important mouvement du négatif entre 1989 et 1993 et au moins quatre grandes insurrections, en Albanie en 1997, en Indonésie en 1998, en Algérie et en Argentine en 2001 et 2002. Jusqu'à preuve du contraire, 2004 se situe toujours dans cette période même si sa portée est encore difficile à mesurer : queue de comète ou ouverture vers une nouvelle période, nous n'avons pas le recul suffisant pour le dire. Nous n'y avons vu qu'un très grand nombre d'événements de faibles intensités, mais pas de grand bouleversement. Cependant, des actes négatifs nouveaux sont apparus, qui prolongent ou renouvellent l'émeute : le pillage massif, la coupure de route, l'escrache ou l'assemblée.

2004 a également résonné des échos de trois grands événements négatifs qui se sont produits depuis 2002 et qui méritent d'être mentionnés. Il y a d'abord eu le soulèvement du Gujarat en Inde en 2002 qui aurait fait près de 2 000 morts. Mis en scène dès 2002 dans une version ethnicisée opposant hindouistes et musulmans, l'importante couverture médiatique du procès en 2004 réaffirme cette thèse ; présentant le soulèvement de 2002 comme une grande dispute entre fanatiques, elle occulte toute critique de l'Etat indien par les gueux du Gujarat. L'Iraq a également résonné en 2004. Le renversement de l’Etat iraquien par une coalition militaire sous le contrôle des Etats-Unis a été le déclencheur, en 2003, d’un grand pillage à Bagdad. Ce pillage massif a été suivi par une forte répression de la population et par la constitution d'une aile autochtone de la répression, divisée à son tour en deux parties : les forces du nouvel Etat et les milices opposées à la coalition occidentale. Comme nous le verrons, la guerre que se livrent en 2004 la coalition occidentale associée aux forces du nouvel Etat et les milices d'opposition, aura peu à peu raison de la colère des gueux. Enfin, le troisième événement marquant 2004, trouve sa place en creux et étonne par son absence. Presque complètement inconnue aujourd'hui dans le monde, sauf peut-être en Amérique Latine, l'insurrection qui a eu lieu en deux temps en Bolivie en 2003, vient couronner un large mouvement de coupures de routes. Fortement encadrée par les organisations de gauche, cachée sous des revendications corporatistes, à son apogée en octobre, la révolte leur a pourtant échappé à El Alto puis à La Paz où a eu lieu une véritable bataille. Après avoir fait près de 60 morts, la place est reprise par les chars aux insurgés. Mais les révoltés de tout le pays menaçant de se rendre dans la capitale, le président est contraint à la fuite et remplacé par son vice-président. Ce moment-là marque la fin du mouvement qui apparaît vaincu par ses chefs, responsables syndicaux bien trop effrayés et désemparés par l'ampleur de la révolte, qui accordent une trêve au nouveau gestionnaire, acceptée par les insurgés.

Le petit groupe d'observateurs que nous formions en 2004 s'est transformé et réduit en milieu d'année 2005. Néanmoins nous qui poursuivons ce projet, avons choisi de reprendre la quasi-totalité des textes qui ont été rédigés dans cette période (comprenant ceux des membres disparus) sur des événements négatifs ou des régions dont la négativité est remarquable en 2004 : les insurrections en Haïti et au Manipur, les émeutes dans quatre pays emblématiques de l'année (Iran, Iraq, Algérie et Nigeria), une analyse des émeutes dans deux zones du monde (sous-continent indien et continent latino-américain) et une réflexion sur les événements négatifs « courts et forts » correspondant à une partie des émeutes majeures de l'année. Appelant des prolongements, ces textes sont une invitation à l'observation et à l'approfondissement du négatif dans le monde.

(Laboratoire des frondeurs, mars 2006)